« Les chercheurs soulignent l’existence d’espaces-limites, difficilement attribuables à telle ou telle unité régionale, d’espaces-tampons faisant une transition plus ou moins nette entre deux ensembles bien individualisés. En d’ autres termes, la réalité géographique consiste, à côté d’espaces pour lesquels aucune ambiguïté quant à la spécificité, l’individualité n’est possible, de franges spatiales beaucoup plus « floues » et plus difficiles à identifier, et à définir dans leur forme et leur structure.
Les exemples ne manquent pas. Ils concernent la géographie physique : la limite nord du Midi méditerranéen ne correspond pas à la limite nord de l’olivier ni à d’autres limites climatiques ou bioclimatiques, mais bien à une frange plus ou moins large englobant toutes ces données. Ils concernent également la géographie humaine, qu’elle soit historique (la notion de frontière linguistique du Nord-Est français entre espace francophone et germanophone est, elle aussi, toute théorique), régionale ou économique (l’aire de marché d’une entreprise est « floue », l’influence de cette dernière s’atténue progressivement et ne disparaît pas brutalement une fois une « ligne imaginaire » franchie).
Les exemples concernent également d’autres sciences spatiales : citons G.N. Fischer, qui souligne dans l’espace de travail l’existence d’« espaces de liberté », véritables franges où la surveillance, les contraintes de travail s’atténuent et où subsistent la possibilité de « personnaliser » son environnement et de le marquer. »
Rolland-May Christiane. La théorie des ensembles flous et son intérêt en géographie. In: Espace géographique. Tome 16 n°1, 1987. pp. 42-50.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/spgeo_0046-2497_1987_num_16_1_4184








