Un autre regard sur le Luberon, ou comment essayer de photographier un territoire différemment.
Le Luberon est un territoire éminemment connu. A l'évocation de ce nom, on pense immanquablement aux villages de Gordes, Roussillon, au Colorado provençal, et aux champs de lavandes.
Si ces clichés sont effectivement représentatifs du secteur, et photogéniques à souhait, il est aisément possible de s'en extraire, et de parcourir le Luberon avec un autre regard, celui qui veut chercher des lumières différentes, et qui prend le temps de découvrir ce que cachent tous ces décors de cartes postales. Un regard de photographe naturaliste.
Premier élément de taille : la géographie. Le Luberon est un massif, qui a donné son nom au Parc Naturel Régional qui englobe un territoire bien plus large que cette montagne provençale. Mais tous les villages et lieux cités précédemment font partie du massif qui lui fait face : les Monts de Vaucluse. De la vallée du Calavon aux collines calcaires, en passant par la plaine agricole de Gordes, c'est toute une mosaïque de paysages qui s'étale, riche d'une biodiversité remarquable.
Pour chercher les belles lumières, il faut également prendre le temps de parcourir ces paysages hors saison. L'été est loin d'être la belle saison ici : végétation grillée par le soleil, lumières dures dès tôt le matin, et accès au massifs limités réglementairement par la contrainte du risque incendie.
Cela laisse encore 3 saisons !

Sortir des sentiers battus photographiques locaux peut se faire de plusieurs façons :

Falaise des Monts de Vaucluse en début de nuit

Du côté de la flore, point besoin de chercher la rareté. Les espèces locales et communes sont souvent photogéniques, à condition encore une fois de prendre la peine de les mettre en valeur : l'Aphyllante de Montpellier est une plante largement répandue dans toutes les garrigues calcaires, et la Callune fleurit à l'automne dans les massifs ocreux. La première est mise en valeur par un léger contrejour le soir, à la faveur d'une douce lumière du printemps, la deuxième est inondée de rosée. N'hésitez pas à faire un peu de gymnastique en vous mettant à hauteur du sujet, voire au dessous, et en tournant autour pour trouver la meilleure lumière, celle qui donnera du relief à la fleur.
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Pas de grande faune ici, ou très peu. Les espèces les plus spectaculaires de la région sont extrêmement rares et très discrètes, et nécessitent la mise en place d'un véritable travail de photographe animalier. Mais il est possible de se faire plaisir plus simplement.
Pour ce qui est des invertébrés, la variété est énorme en région méditerranéenne.
Au bord des mares, les libellules sauront occuper le photographe ! Si l'objectif macro est indispensable dans la plupart des cas, n'hésitez pas à sortir un petit téléobjectif, qui vous permettra de replacer les animaux en situation.

Dans les friches, papillons et orchidées se côtoient, et dans le massif, le scorpion jaune sort à la tombée de la nuit.
En macro, pensez à travailler vos compositions : l'usage d'une profondeur de champ modérée et un cadrage bien pensé vous permettront d'insuffler une dynamique à vos images.
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Et pour les plus aventureux, les nuits de pluie réserveront bien des surprises grâce aux amphibiens. Le Pélobate cultripède, espèce aux affinités méditerranéennes, a un sourire ravageur !

Les rivières sont ici rares, surtout les rivières permanentes. Le Calavon, méconnu, présente pourtant encore bien des richesses. Son débit est tout ce qu'il y a de plus irrégulier, tantôt sec, tantôt en crue, un peu comme un oued. Ici, les images seront bien différentes des torrents limpides alpins, mais elles ne seront pas moins dignes d'intérêt !
Une pose longue, qui sera facilitée par l'utilisation d'un filtre gris neutre (permettant, par une diminution de la lumière de diminuer la vitesse d'obturation), peut apporter un rendu particulier. Dans ce cas, le trépied est obligatoire. Ne négligez jamais son usage : sur les photos de paysage en basse lumière, il vous permettra de peaufiner votre cadrage, tout en vous évitant de monter inutilement dans les hautes sensibilités.

On le voit, la spécificité d'un territoire ne repose pas uniquement sur la beauté de ses villages et de certaines de ces cultures, même si celle-ci est indéniable. Mais dès lors que l'on veut s'intéresser un peu plus en profondeur à ce territoire, il est possible non seulement de découvrir quantités de paysages et d'espèces, mais aussi de l'apprécier différemment, et de porter un nouveau regard sur celui-ci.
Vous l'aurez compris, ces considérations ne sont pas spécifiques au Luberon, mais peuvent être appliquées et adaptées par tout un chacun, y compris à côté de chez soi. Quoi de plus agréable que de se pencher sur les lieux que l'on parcourt régulièrement avec une nouvelle perspective ?
