Accueil Portfolio Blog Tirages/Livrets
Expositions/ActualitéContact


En Iran, dans les traces de l'Onagre de Perse

Dar dja päyé gouré irani


En 1997 et 2000, j'ai eu l'occasion d'effectuer deux voyages en Iran.

L’objectif de ces voyages était naturaliste et scientifique : il s'agissait de partir récolter des données récentes sur le statut des dernières populations d'Onagre de Perse (Equus hemionus onager), l'un des derniers équidés sauvages.


Les premières démarches administratives pour pouvoir se rendre en Iran auront commencé un an et demi avant notre départ. Le visa nous a été refusé une première fois, malgré un appui local. L’obtention du premier visa, en 1997, se fera au tout dernier moment, le jour du départ, au consulat, à Paris.

La ville de Téhéran est une espèce de fourmilière gigantesque, bâtie au pied du sommet de l’Iran, le Mont Damovand. Pas grand intérêt pour nous. Je ne me sens pas l'âme d'un reporter photographe, et je n'ai que peu d'occasions de sortir mon boitier, ce qui permet d'éviter des regards soupçonneux.

Téhéran n'en reste pas moins un point de passage obligatoire pour nous, afin d'obtenir les autorisations d'accès au deux zones naturelles protégées auxquelles nous souhaitons accéder.

Un passage par le Muséum d’Histoire Naturelle de Téhéran nous permet d’en savoir plus sur les Onagres, que nous n’appellerons désormais plus que par leur nom perse : les Goors, raccourci du nom complet « Goor-e-Khar ». La population du pays (le seul autre site de présence de la sous-espèce étant le Turkménistan) compte environ 400 individus : 300 se trouvent dans la partie Nord du pays et une centaine dans le Sud. Compte tenu de leur localisation, il est quasi certain que ces trois noyaux de population sont isolés les uns des autres tant les distances et les obstacles qui les séparent sont énormes.


Nous voilà partis pour la Réserve située au sud du pays, non loin de Shiraz.

Premier contact avec le milieu naturel, trois cent mille hectares de steppe et de désert, entrecoupés par des montagnes.



Nos journées se passent en observations, guidés par un naturaliste iranien très expérimenté, qui deviendra un ami, et les gardes de la réserve. Ici, les gardes d’espaces naturels protégés n’ont pour seul outil qu’une Kalachnikov. Aucun d’entre eux n’avait jamais regardé à travers une longue vue, et aucun ne possède de jumelles.

                                                                     

Dans cette réserve, les onagres sont regroupés. Nous avons l'occasion d'observer un groupe de 73 individus passer au grand galop à côté de nous. Dans les moments plus calmes, nous privilégions les observations de comportements sociaux entre les individus.



La visite de la seconde réserve est plus difficile à organiser. Ce qui nous a été présenté comme une simple formalité à la préfecture locale va se révéler être un véritable interrogatoire par le Ministère de l’Intérieur. Nous passons à deux doigts de retourner directement à Téhéran.

C'est que la situation est ici bien différente : nous sommes dans une zone frontalière avec l'Afghanistan, alors que la première réserve est au cœur de l'Iran. Les autorités locales n'ont aucune envie qu'il arrive quelque choses aux français de passage...

Bilan : trois jours de démarches administratives pour passer trois jours dans ce désert, puisque nous n’avons pas pu avoir une autorisation plus longue.

Sur le plan naturaliste, la situation n'est guère meilleure. Beaucoup de problèmes existent, principalement le braconnage (chasse à moto avec une lance), et la concurrence pour le pâturage et pour les points d’eau par les troupeaux domestiques (la zone de protection intégrale n’est pas appliquée). Et dans une zone d'une superficie d'1 500 000 hectares, difficile de faire respecter une quelconque réglementation, avec des moyens dérisoires.

Les Onagres ne forment ici que des petits groupes, vraisemblablement à cause de la pauvreté de la végétation.


Lors de notre second voyage, en 2000, des mesures sont prises, sans qu'il soit vraiment possible de savoir si elles ont été efficaces : un accord a été signé entre les grands propriétaires de troupeaux pour mettre fin au pâturage dans la zone sanctuaire. Si ces mesures sont acceptées, c’est que l’état fourni d’autres terrains à pâturer, en compensation.
Parallèlement, des tentatives sont faites pour acheter des terrains qui sont toujours en propriété privée, mais le manque de moyens financiers alloués n'arrange pas les choses.
Enfin, deux braconniers ont été récemment arrêtés et sont actuellement jugés.

Sur cette réserve également, nous essayons de rassembler le maximum d'observations sur la taille des groupes, le taux de reproduction, les comportements entre les individus. Nous réalisons également quelques transects de végétation, afin d'avoir un aperçu des ressources alimentaires disponibles pour les herbivores, et essayer de comparer avec ce qui est connu dans d'autres steppes, comme en Mongolie par exemple.




Les observations effectuées au cours des deux voyages nous auront permis de réaliser plusieurs rapports, articles scientifiques ou communications. L’un des résultats les plus significatifs sera l’inscription à la liste rouge mondiale de l’Onagre en tant qu’espèce en danger.

Pour aller plus loin, une association a été créée afin d'établir des passerelles entre les réseaux internationaux de conservation de la nature et l'Iran.

Vous trouverez des informations sur le site de l'association www.echo-info.org

Note : les images de cet article sont issues de scans de diapositives  © David Tatin/ECHO